L'organisation du système de santé en Espagne étonne toujours un peu les français (lire les aventures de Pâquerette sur son blog), mais cela fait-il de la médecine espagnole une mauvaise médecine? LePetitJournal.com fait l'état des lieux :

Du gros rhume à l’arrêt cardiaque en passant par le simple examen de "routine", les hôpitaux et centres médicaux de la Péninsule soignent tout ce qu’il y a à soigner. Reconnu parmi les trois meilleurs au monde, ce système gratuit et universel peine pourtant à rester au meilleur de sa forme

(D’ici à 2025, l’Espagne manquera de 15 à 28.000 médecins spécialisés / Photo Morguefile)
Des hommes et des femmes en blouse blanche, stéthoscope autour du cou. Une paire de béquilles par-ci, une perfusion par-là. Les hôpitaux publics et les centres médicaux de quartier, les Espagnols les fréquentent à plus de 90%. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la qualité des soins qui y sont dispensés vaut largement celle de la France et de l’Italie, les numéros uns mondiaux.
"Notre système offre beaucoup de prestations", souligne-t-on à l’hôpital madrilène La Princesa. "Cardiologie, chirurgie, psychiatrie, maternité, urgences … C’est quand même plus commode de tout regrouper en un seul lieu et de bénéficier en plus, de technologies et de matériels de haut niveau". Aux Baléares, ce sont les dossiers médicaux qui viennent d’être mis en ligne pour un meilleur suivi des patients. La Catalogne, la Galice et La Rioja pourraient suivre.

Egalité médicale
Que l’on soit Espagnol, Français expatrié (muni de sa carte européenne de santé dans un premier temps), chômeur, étudiant ou simple touriste, l’accès aux soins est le même. "En cas d’accident du travail par exemple, la personne est directement envoyée dans un des hôpitaux de la liste de sa mutuelle publique d’entreprise", explique un employé de MC Mutual. "Et elle n’aura rien à débourser".
Pour des vaccins, épidémies saisonnières ou examens médicaux, il faut généralement se rendre au centre médical de son quartier, le "centro de salud". Là-bas, en fonction de la pathologie, le patient peut se voir réorienter, par son médecin qui lui a été attribué, vers une batterie de spécialistes. Seuls les soins dentaires ne sont pas couverts par l’Instituto nacional de seguridad social, la sécurité sociale espagnole.

Des praticiens peu loquaces
Habitués à des explications de la part de leur généraliste et une ordonnance en bonne et due forme, beaucoup de Français expatriés en Espagne se disent parfois inquiets face au déroulement des consultations. Comme environ 15% de la population, ils optent alors pour un contrat d’assurance maladie privée en complément. D’après un rapport du ministère de la santé espagnol (Ministerio de salud y consumo) rendu public en 2005, les listes d’attente pour une intervention chirurgicale ne cessent de s’allonger. Environ 6,5% des patients attendent plus de six mois avant de se faire opérer. Et les choses risquent de ne pas aller en s’arrangeant.  

Fuite des cerveaux
Selon une étude réalisée par l’université de Las Palmas (Canaries), l’Espagne vieillissante va manquer de 15 à 28.000 médecins spécialisés d’ici à 2025. Le déficit actuel est d’environ 3.000 praticiens, mais il peut varier beaucoup plus selon les régions. "Même si dans les huit hôpitaux publics neufs de Madrid, les conditions de travail sont optimales, il faut bien dire qu’ici, les salaires ne sont pas très élevés", déplore-t-on à l’hôpital La Princesa. "Alors, l’envie de partir aux Etats-Unis ou en France est très tentante". La solution pourrait venir d’Amérique du Sud, où un grand nombre de médecins se disent prêts à faire leurs valises direction l'Espagne.

Mathilde BAZIN (www.lepetitjournal.com – Espagne) Lundi 14 mars 2011


Renseignements en Espagne : http://www.msps.es/estadEstudios/estadisticas/sisInfSanSNS/home.htm
En tant qu’expatrié : http://www.cimed.org/